Cahier In.SITU n°1 | Les conditions de réussite d’un TOD : Retour sur la journée de réflexion du 28 janvier 2016

Cahier In.SITU n°1 | Les conditions de réussite d’un TOD : Retour sur la journée de réflexion du 28 janvier 2016
Date de publication : Mai 2017
Sous la direction de : Florence Paulhiac Scherrer et Juliette Maulat
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Description du contenu du cahier

Le 28 janvier 2016 se tenait à l’UQAM une Journée de réflexion partenariale consacrée aux Conditions de réussite d’un TOD. Cette journée a été organisée par Florence Junca-Adenot, directrice du Forum Urba 2015 (ESG UQAM), en collaboration avec la Chaire In.SITU (ESG UQAM) et deux partenaires, l’AMT (Agence métropolitaine de transport) et la SCHL (Société canadienne d’hypothèque et de logement). La vocation de cette journée était de réunir praticiens-chercheurs- société civile pour débattre collectivement des conditions gagnantes de planification, mise en œuvre et suivi-évaluation de nouveaux projets d’aménagement programmés dans la région de Montréal : les TOD ou transit-oriented development.

Les projets de type TOD (traduit en français par aménagements axés sur le transport collectif) sont des modèles d’intégration urbanisme-transport de plus en plus programmés, au sein des planifications régionales des grandes villes, au Canada. Leur mise en œuvre opérationnelle se réalise dans les territoires municipaux. Ce modèle d’aménagement est né aux États-Unis dans les années 1990, mais a connu une diffusion massive et rapide en Amérique du Nord, comme dans le reste du monde, par la suite. Inspiré et nourri des courants de pensée du Smart growth et du New urbanism, il propose un développement urbain plus durable, fondé, d’une part, sur la coordination du développement des réseaux de transport collectif et, d’autre part, sur la réalisation de nouvelles formes urbaines. En effet, les TOD visent la réalisation de quartiers denses et mixtes autour des principaux nœuds ou stations de transports collectifs. Ces quartiers des courtes distances, de la proximité entre les activités (logement, emplois, services, commerces) aux espaces publics de qualité doivent favoriser l’utilisation de modes de transport alternatifs à l’automobile privée (transport collectif et modes actifs). Ces nouveaux milieux de vie contribueraient donc, à l’échelle régionale, à la réduction de la dépendance à l’automobile et des dynamiques d’urbanisation centrifuge. À l’échelle locale, ils se présenteraient plutôt comme des opportunités de (re)développement, offrant de nouveaux lieux de vie et d’activités conviviaux et inclusifs a priori.

Dans le cas de la région métropolitaine de Montréal, le premier Plan métropolitain d’aménagement et de développement de la Communauté métropolitaine de Montréal (2011) a identifié 155 aires de TOD potentiels pour orienter 40 % de la future croissance de la population d’ici 2021. Cependant, ce nouveau contexte de planification et d’urbanisme interpelle les acteurs de la ville, publics et privés, et soulève des enjeux majeurs. En effet, si les principes des TOD sont désormais largement diffusés et bien connus dans le milieu professionnel de l’aménagement des territoires, il n’en demeure pas moins que la réalisation concrète de ces quartiers est complexe à réaliser (nombre de parties prenantes concernées ; insertion dans les milieux constitués ; adhésion des populations locales ; ressources disponibles, etc.), non exempts de risques (économiques, politiques, sociaux, etc.) voire d’échecs (en matière de mobilité durable, de développement commercial, d’accès aux logements, etc.).

Ainsi, l’objectif central de la journée visait à définir les paramètres des conditions de réussite des TOD et, plus spécifiquement à :

  • Définir clairement le concept de TOD, ses composantes obligatoires, ses composantes adaptables, ainsi que les acteurs impliqués dans de tels projets ;
  • Faire ressortir les différentes stratégies pouvant être mises à contribution pour favoriser l’émergence de quartiers TOD ;
  • Identifier les outils et instruments nécessaires à la réalisation de ces quartiers ;
  • Illustrer les étapes de la réflexion avec des exemples d’application concrets.

Les conférenciers invités étaient issus des milieux de l’urbanisme, de l’architecture, des transports, de la finance, de la gestion de projet, tant au sein de l’action publique que privée, mais aussi du milieu de la recherche académique. La diversité des expertises ainsi que les échanges entre les conférenciers et le public ont permis de traiter de nombreuses dimensions et facettes des projets, pour aborder et analyser plusieurs de ces conditions de réussite :

  • La connaissance du lieu : en amont du projet, le diagnostic de l’état du développement d’un quartier ou secteur est fondamental, avec ses contraintes et ses opportunités, ainsi qu’une vision du futur telle qu’inscrite dans la planification locale, régionale et métropolitaine ;
  • Le recours et l’accès aux instruments appropriés : la planification des nombreuses composantes des projets en collaboration avec de nombreux acteurs aux objectifs différents nécessite le recours et l’accès à des outils et approches autres que réglementaires. Il convient, par exemple, de partager largement une vision du projet et de documenter les contraintes avec lesquelles composer telles que la détention des sols, le financement, le partage des coûts des infrastructures, etc. ;
  • L’anticipation : une autre condition de réussite pour la réalisation de projets TOD est l’anticipation des étapes à franchir et des défis auxquels il faudra trouver des solutions. Ces défis pourront être de nature variée : institutionnelle, financière, légale, politique, citoyenne, réglementaire, etc. L’anticipation amène à prévoir une adaptation à la dynamique du développement territorial à l’intérieur des balises établies et à privilégier une approche dite « des petits pas » ;
  • Le dialogue : la mise en place d’une plateforme de dialogue et de médiation avec les citoyens, les promoteurs, les investisseurs les services publics est souvent très opportune pour la réussite d’un projet TOD. Ce dialogue sera favorisé lors des différentes étapes du projet et en continu dans le temps ;
  • Le partenariat : la planification et la mise en œuvre de projets TOD interpellent à la fois la société civile, le secteur privé et le secteur public. La mise en place de bureaux de projet et de partenariats multipartites contribue d’une part à concilier les intérêts parfois divergents et d’autre part à assurer un meilleur partage des coûts et retombées économiques, sociales et environnementales des projets au bénéfice de l’ensemble de la collectivité ;
  • Le monitorage : Un monitorage adéquat fait également partie des conditions de réussite d’un projet TOD. Un tel monitorage exige notamment l’établissement de mécanismes d’évaluation en fonction des objectifs visés et des processus de suivis; il doit faire en outre l’objet d’ajustements dans le temps.

En conviant des conférenciers d’une très grande qualité autour d’un sujet d’actualité pour le développement et le futur du territoire montréalais, la Journée de réflexion sur les Conditions de réussite d’un TOD a rassemblé plus de 150 participants. Ainsi l’ambition de ce tout premier Cahier In.SITU est de restituer la richesse des exposés et des échanges coproduits. Nous souhaitons ainsi donner accès au plus grand nombre aux contenus de cette journée si stimulante. Nous avons retranscrit, dans le présent Cahier, le contenu de la journée (chaque conférence et les débats qui ont suivi), en proposant simplement une réorganisation thématique, afin de rapprocher entre eux les points de vue complémentaires.

Ainsi, le Cahier regroupe les interventions de la journée en trois parties :

  • Origines et définition des TOD ;
  • Mise en œuvre du TOD : expériences montréalaises et canadiennes ;
  • Concrétisation des projets de TOD : des défis singuliers.

Bonne lecture !